18 septembre

Nuit terrible. Il ne cesse de pleuvoir. On somnole quand même, mais nous sommes littéralement trempés. On grelotte, on se lève pour tâcher de se réchauffer.

Nous avons ce qu’on appelle « la crève », et il faut avoir vécu ces choses pour savoir s’en donner une idée. Au petit jour, une vive fusillade éclate. Les balles sifflent à nos oreilles. On s’abrite derrière les arbres, nous demandant ce qu’il y a.

Je vais communiquer. Le capitaine, un peu ému, m’annonce qu’au petit jour les boches ont approché du bois. On les a laissés approcher à 15 mètres et ouvert sur eux un feu meurtrier.  Gallica-MitrailleuseQuelques-uns cependant s’étaient infiltrés et avaient pris la section Pécheur de flanc. Celle-ci les avait achevés à la baïonnette, mais le sous-lieutenant Pécheur [1] avait été tué d’une balle aux reins.

Un peu plus tard, la pluie cesse et les détails envoyés reviennent à ce que m’a dit le capitaine Aubrun. On a à déplorer des pertes d’hommes, en particulier un de mes pays, Wolle de Cappelle [1], près Dunkerque, excellent garçon. On me dit aussi que Leromain est blessé. On demande les brancardiers.

Vers 10 heures, le ravitaillement parti avec Lannoy la veille arrive, mais dans quel état. Les hommes sont des paquets de boue, les pains également. Il n’y a pas eu moyen de faire de cuisine. Enfin pas de boisson. Nous avons quelques boîtes de conserve, du pain boueux et de l’eau. C’est maigre après plus de cinquante heures de jeûne et trois jours de pluie continuelle.

On fait ou du moins nous tâchons de faire du feu.

Sur mon chemin, quand je communique dans le bois, la 5e compagnie a installé un petit poste de liaison, un caporal et quatre hommes. Je les salue en passant.

Vers le soir, on parle que nous allons être relevés. On se sèche du mieux qu’on peut le dos au feu.

Carpentier, fourrier* de la 8e, raconte que le matin, il a reçu de Lannoy une lettre pour le lieutenant Péquin, commandant la 8e. C’était l’annonce de la naissance de son bébé.

Dans le courant de la journée, on amène un blessé qui a eu une balle dans le dos.brancardier2 Le docteur Veyrat le panse et les brancardiers* disent aller chercher un brancard pour le transporter. Le soir, le blessé était encore là. Cela nous révolte.

Avec notre feu, nous réussissons à faire du café. Que c’est bon, quelque chose de chaud ! Cela nous réchauffe.

 


[1] Sous-lieutenant Pécheur : Il s’agit de PÊCHEUR Jules, voir ci-dessous la fiche Mémoire des HommesFiche MDH-archives_I670303R

[2] Wolle de Cappelle : Il s’agit de WOLLE Jules, voir ci-dessous la fiche Mémoire des Hommes
FicheWOLLE-archives_K811211R

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.