13 novembre

Repos à Florent

Nous nous levons à 4 heures, gelés. Impossible de se recoucher, il faut qu’on se réchauffe. Je sors donc dans la rue. La pluie a cessé. Je cours pour me remuer le sang et mes camarades en font autant.

Gauthier tâche de trouver du bois. Enfin, après maintes recherches, nous allumons un peu de feu dans la rue. On écrase du café dans un couvercle de marmite avec une crosse à fusil. Une heure après, nous buvons le « jus » fameux que connaît tout troupier.

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Une rue avec des soldats – 1915.07.27 ©Ministère de la Culture (France)

Le jour est levé, mais point les habitants. Nous pouvons toujours cantonner la troupe puisque les granges sont ouvertes. Celles-ci sont potables, vastes et pleines de paille.

Le cantonnement* n’est donc pas trop mauvais.
(Cantonnement dans la rue B) voir topo Florent Tome IV

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Topo Florent Tome IV – Plan dessiné par Émile Lobbedey

D’autre part, les maisons potables sont rares pour y loger nos chefs. Après plusieurs insuccès, je réussis quand même à trouver une chambre à deux lits très peu luxueuse. N’ayant que cela, force m’est de m’en contenter. Seulement, le capitaine de musique occupe un lit, son tambour major l’autre. Ils sont arrivés hier soir, me dit l’habitant, brave homme très déférent et très conciliant. Je suis donc obligé de réveiller ces Messieurs pour leur faire observer poliment qu’ils ne sont pas dans leur cantonnement. Quelle misère tout cela !

Il est 8 heures du matin quand, après deux longues heures d’attente, je reçois la compagnie. Capitaine en tête, tout le monde est fourbu, trempé, couvert de boue ; on procède vivement à l’installation.

Le capitaine fait grise mine en voyant son appartement. Le sous-lieutenant Vals rit à gorge déployée. Je m’excuse de mon mieux. Nécessité oblige. D’ailleurs, les chefs des autres compagnies sont encore plus mal logés. En bas, les cuisiniers se sont emparés de la cuisine, enjôlant les habitants comme seul sait le faire un « cuistot », et Chochois, Chopin font merveille. Le café est déjà prêt à être servi.

Notre logis à la liaison est minable. C’est une simple pièce remplie de paille répugnante. Comme siège, néant ; comme lit, néant ; comme carreaux, néant. Comme siège, nous aurons nos sacs ; comme lit, le plancher débarrassé de la paille infecte ; comme carreaux, des bulletins des armées de la république sont tout indiqués.

On se met donc à l’œuvre. Du bois est trouvé par Gauthier : quelques planches d’une grange voisine. On allume le feu, on nettoie la pièce, faisant place nette de tous les détritus qui jonchent le sol ; chacun a sa place assignée non sans quelques discussions. Je vais chercher le ravitaillement aux voitures qui sont stationnées sur la place.

À midi, nous pouvions nous restaurer.

L’après-midi, nous nous nettoyons. Ce n’est pas un luxe, inutile d’insister. Mais c’est toute une affaire et pas facile.

De l’eau, il faut en chercher à un puits, le seul du village qui en possède encore. Heureusement qu’il pleut, dira-t-on ; ce puits, il faut en connaître l’emplacement ; il faut y aller ensuite.

Il faut un récipient qu’on n’a pas, qu’il faut chercher, qu’il faut trouver.

Il faut une place ; la rue, dira-t-on ; précisément. Encore faut-il qu’il ne pleuve pas. Je ne vois pas d’ailleurs dix hommes dans une pièce de six mètres sur quatre se lavant en même temps tandis que d’autres écrivent, font la cuisine, entrent, sortent, etc…

La fontaine de Florent : les lavabos - 1915.07.18 ©Ministère de la Culture (France)

La fontaine de Florent : les lavabos – 1915.07.18 ©Ministère de la Culture (France)

Que de choses qui, autrefois, paraissaient si simples et qui, aujourd’hui, sont une affaire d’État. Que de discussions aussi entre nous ! Que de mots aigres-doux échangés !

Vers le soir, je vais voir le capitaine. Enjôlant à son tour ses hôtes, il a réussi à avoir un coquet petit salon dont les fenêtres donnent sur la place. Je le trouve dans un fauteuil, en pantoufles au coin d’un bon feu. Il me fait tout à fait l’effet d’un brave père de famille.

De bonheur, nous nous étendons côte à côte dans notre home. Nous aurons chaud, nous ne craignons pas la pluie. Que faut-il de plus ?


 

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