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25 novembre

À minuit, j’entends les deux compagnies se rassembler. À 1 heure, elles sont parties. Je suis sorti. Il pleut un peu. Décidément, le temps n’est pas propice.

Au petit jour, je me rends au capitaine Sénéchal pour lui dire l’affaire de la veille au soir. Il me donne un mot pour le capitaine chef de musique, afin que les brancardiers musiciens s’occupent d’enterrer les cadavres.

Je vois en route le chef armurier qui me parle du pays. Je suis occupé et n’ai pas grand temps de causer ! Je vais à la grange dont le toit est percé et une partie démolie par l’obus. Au haut d’une échelle, dans une espèce de grenier, au milieu de la paille, je trouve les trois cadavres alignés côte à côte, dans la position du sommeil. Tous trois sont décapités et affreusement mutilés. Aidé de quelques brancardiers, je prends leurs papiers et pièces d’identité. Puis la funèbre besogne s’exécute ; on place les corps un à un dans un vieux drap que j’ai trouvé, et le cortège se dirige vers la fosse qu’on s’occupe à creuser.

Beaucoup d’hommes suivent le brancard dans chaque voyage ; les 6e et 8e compagnies sont restées au village.

Arrivée des morts (Villers-aux-Bois)La fosse est creusée. Côte à côte, on place les corps ayant au drap la plaque d’identité accrochée. C’est la fin. Une croix de bois avec chaque nom. Quelques prières récitées à voix basse par ceux qui croient et qui n’ont pas de respect humain au milieu de curieux qui regardent.

Je quitte, ayant fait ce que j’ai dû et pu. Mais une grande tristesse me prend toute la journée.

Le temps se met à la pluie. La journée n’est pas fameuse et nous ne sortons pas, restant au coin du feu, écrivant aux nôtres, préparant la popote et arrangeant de-ci de-là quelque chose de défectueux aux effets.