4 février

Aujourd’hui, grand branle-bas comme chaque jour de revue. Je me lève. Mon bras est rétabli et j’en suis heureux. Mes amis ne tardent pas à surgir, avides de chocolat.

Culine, vers 8 heures, nous amène son type, un homme de sa section, Carbillet, avec force chinoiseries et salamalecs. Oui, il est beau et on l’admire. « Avec ça, le colon en aura plein la vue », s’écrie Culine toujours amusant. Le capitaine ne tarde pas à s’amener. Lui aussi admire. C’est bien. La 5e sera digne de son renom.

À 9 heures, la compagnie rassemblée, le capitaine la passe en revue. Il constate que les capotes ne sont pas pareilles. Je l’accompagne dans son inspection. Tout est assez bien. Pourtant il y a de vieilles capotes, des reprises mal faites. Est-ce possible qu’on nous ennuie avec ça ! Ce qu’il y a de plus beau, ce sont les marmites toutes neuves qu’on vient de toucher et qui sont sur les sacs. « Cela donne un beau coup d’œil » me dit le capitaine. Pourtant les capotes bleues n’ont qu’une rangée de boutons : je fais remarquer aussitôt au capitaine que ce fut l’ordre du colonel. Très bien ! Nous pouvon s rompre par sections. Le capitaine est en moitié satisfait seulement. Il nous fait une réunion de gradés dans le bureau. Là, il nous demande plus de bonne volonté dans le service. Il nous parle de la tenue des hommes, du salut, des sorties le soir, des cafés consignés, de l’exercice, etc. Réellement, on se croirait en temps de paix. Enfin, à propos de la tenue, il s’embrouille un peu dans l’uniformité et le sous-lieutenant Alinat lui fait remarquer avec juste raison qu’on ne peut pas changer une capote bleu foncé en bleu clair.

Le capitaine lui lance un œil et qui signifie : Mon petit, tu auras ton abattage tout à l’heure. Mais Culine arrive et le capitaine lui demande ce qu’a dit le colonel. « Mon capitaine, le colonel a déclaré qu’il casserait des adjudants des 6,7 et 8e. Arrivé près de moi, il a déclaré « Vous êtes de la 5e ?», « Ça se voit !» et il est parti. Du coup, le capitaine rit de bon cœur, heureux et aussitôt prononce « Vous êtes libres ». Un bruissement d’ailes ; la place est vide.

« Eh bien ! Si les cafés sont consignés, » déclare Culine, « cela ne m’empêchera pas de boire l’apéritif chez le maréchal ; venez-vous ? ». Comme un seul homme, nous suivons. Nous prenons naturellement le chemin détourné et entrons dans les cuisines où nous vidons quelques verres qui nous mettent le cœur en gaieté. Maxime surtout est très gai et probablement que ce soir, il s’écrira « La rrr’vue, elle était un peu là ! ».

Nous déjeunons de bon cœur. Mais après le repas, nous devons nous cirer de nouveau. Enfin 2 heures 45. Nous sommes alignés dans la rue d’une façon impeccable, les sections à leur intervalle réglementaire, chefs de section devant le front de leur section, chef de demi-section à deux pas derrière leur demi-section.

« Présentez armes ! » Le colonel arrive, serre la main du capitaine, jette un coup d’œil et s’en va satisfait en disant « C’est la 5e !… »

Le capitaine, tour à tour ahuri et heureux, oublie de nous faire reposer les armes et crie « À droite par quatre… Rompez vos rangs… »

Il n’y est plus, le brave, et nous filons tous en rigolant, heureux un peu nous-mêmes. Nous voici tous réunis chez La Plotte. On y boit sec, on trinque, on chante. On raconte aux gendarmes la revue à la Desplats. Il est près de 8 heures quand nous rentrons pour le dîner. Celui-ci compte parmi nos meilleurs ! On se sépare très tard après un amusement effréné. Maxime couche avec moi, car il ne pourrait jamais rejoindre son lit. Quant à Gilbert, il est mûr pour le violon.

Nous n’avons pas eu d’ordre du bataillon aujourd’hui. Sans doute exercice demain. Nous verrons. Lannoy me souhaite le bonsoir en riant tandis que Maxime ronfle comme un sonneur. Pauvre mère Azéline, elle en voit de grises avec nous !

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