4 décembre

Relève pour repos à Florent

Nous nous levons tard. Il fait chaud dans notre abri. La paille est bonne. Que faire dehors ? Il faut quand même le prendre, le café que a préparé, sans quoi nous subirions les foudres de notre dévoué cuisinier.

Nous allons donc au gourbi numéro 2. Nous y trouvons Gallois, Cailliez, René, Gauthier et nos agents en second. On y boit le « jus proverbial ». Le gourbi* est grand ; il a plu malheureusement dans certains coins.

Gallica-Cuisine11Je réintègre bientôt le mien. J’ignore pour qui il a été construit car il est très bien conditionné. Tout l’extérieur est couvert d’une couche de boue, qui sert en quelque sorte de ciment. La pluie peut tomber, elle glisse sans pénétrer. Malheureusement il n’y a pas de cheminée et on ne peut y faire de feu. Crespel a subvenu à cet inconvénient en volant du charbon de bois aux cuisiniers des officiers et en dénichant une espèce de vieux chaudron qui nous sert de foyer.

Les officiers sont installés dans le pavillon. Le long du mur sont installés leurs cuisiniers qui ont allumé leurs feux et vaquent à la préparation de la cuisine. Il ne pleut plus heureusement, sinon de graves inconvénients pourraient survenir pour la finesse des mets et les préparateurs.

Je passe la matinée à écrire et à bâiller en attendant que la viande apportée hier soir par les voitures de ravitaillement à la cote 211, vulgairement dénommée « barback », soit cuite.

Vers midi, nous prenons notre modeste repas, quand Gallois, appelé par le capitaine Sénéchal, revient nous annonçant qu’à 1 heure, nous partons faire le cantonnement à Florent.

C’est une nouvelle explosion de joie, car Florent c’est le repos.

Nous quittons bientôt, ayant Gallois à notre tête et Gauthier qui nous suit fidèlement avec des marmites, son sucre, son café, son sel que nous aidons d’ailleurs à porter. À chaque voyage, c’est d’ailleurs une discussion sans fin, chacun protestant contre l’ustensile et la charge qui lui sont attribués et n’acceptant que quand Gauthier déclare qu’il jettera tout en route.

Après une route boueuse à travers bois, nous tombons à hauteur de la cote 211 sur la route la Placardelle Florent. Bientôt nous rencontrons des groupes de territoriaux se suivant à petite distance ; ces gens ont la prétention de fournir un bataillon qui doit relever le nôtre.

Braves vieux pères de famille qui ont cessé d’empierrer les routes à Florent et qui certes ne doivent pas avoir l’arme tranquille à 5 km de l’ennemi.

Nous continuons notre route rapidement. Non loin du parc d’artillerie, nous faisons une pause et voyons bientôt arriver un territorial qui marche difficilement et arpente la route de long en large. À quelques mètres de nous, il tombe un genou à terre. On rit beaucoup. Nous le relevons et il continue sa route se tenant en équilibre je ne sais par quel moyen. Je n’ai jamais su non plus s’il a retrouvé son unité.

Nous arrivons à Florent vers 3 heures. Pendant que Gallois se rend à la mairie pour connaître le cantonnement* fixé, nous stationnons à l’intersection de la rue d’entrée et de la place, parlant à quelques habitants que fait rire en montrant ses jambes boueuses jusqu’au-dessus du genou et sa capote ruisselante envoie de l’eau reçue la veille.

Florent-APZ0000621Plan + carteNous cantonnons rue Dupuytien [voir plan dessiné par Émile Lobbedey ci-dessus], une rue connue déjà où nous cantonnons les compagnies sur leurs anciens emplacements pour aller plus vite. Je loge par contre le capitaine au débit de tabac, maison très proprette, et le sous-lieutenant Vals non loin de là, chez une vieille personne qui accepte leur popote.

Quant à nous, nous nous sommes réservé le bas d’une maison abandonnée à deux vastes pièces. Nous y trouvons une table, des chaises, un lit, un foyer, une armoire. Dans la seconde pièce, il n’y a rien sinon un peu de paille à vermine.

Nous nous installons donc : première pièce, bureau, salle à manger ; deuxième pièce, chambre à coucher.

Le bataillon ne tarde pas à s’amener. Chacun est satisfait car la rue Dupuytien est une des meilleures rues.

Quant au capitaine Sénéchal, il loge selon son habitude à présent, au presbytère.

Tour de l'ancien Château

Le presbytère pourrait (?) être, selon le plan d’Émile Lobbedey, la maison de droite sur cette carte postale.

Le soir, grâce à mon ami Pignol, l’agent de liaison*, nous rions aux larmes. Le brave garçon se dépense sans compter et nous chante quantité de chansonnettes entre autres « J’l’ai mis dans du papier d’soie » et « Suivons-les, suivons-les ».

Gauthier s’est mis en frais et nous avons amélioré notre ordinaire en achetant vins et biscuits. Nous avons une table et des sièges, nos couverts personnels. C’est fête.

 


 

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