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1er septembre

Repos à Chevières, près Grandpré

Extrait de la carte d’état-major – Source : Géoportail

On se réveille tout étonnés qu’il soit grand jour. Il est 9 heures. Quoi ! Un repos ? Quelle chance !

À 10 heures, l’aumônier de la division dit une messe dans la petite église. On peut se confesser. La majorité d’entre nous s’y rendent.Gallica-messe2
L’après-midi, beaucoup vont se baigner et laver leur linge dans un petit étang. Quel délice ! Je fais comme tous et change de linge, l’unique chemise que j’ai pu mettre dans le coffre de la voiture de compagnie.

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Camp de la Croix-Gentin entre Vienne-la-Ville, la Chalade et Moiremont : lavage du linge – 1915.07.27 ©Ministère de la Culture (France) – Médiathèque de l’Architecture et du Patrimoine – Diffusion RMN

Un renfort de réservistes est là. La compagnie revient à son effectif de guerre.

On mange en popote* midi et soir. Nous sommes heureux ! On fait la sieste ! Les fatigues sont déjà oubliées ?

Je suis nommé sergent fourrier*, Lannoy passe sergent major en remplacement de Monchy nommé adjudant à la 7e compagnie. Le capitaine aurait préféré garder Monchy. Je vais donc faire partie de la liaison du bataillon. Jamesse prend ma place de caporal fourrier. Un nouvel adjudant, en sergent major promu, part à la 5e compagnie.

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Général Gérard

Dans la soirée, sur la place, je vois le général Gérard commandant notre corps, le 2e C.A., venu en auto, conférer avec le général de brigade Lejaille qui loge dans le village.

Je serre la main à des habitants de Marville qui ont fui l’invasion, les personnes chez qui le commandant Saget et ses officiers tenaient popote.

31 août

À 4 heures, je suis réveillé par mon fidèle Carbonnier qui a dormi dans la grange destinée à la compagnie ; il m’est reconnaissant de ne pas l’avoir signalé.

Le régiment part. J’attends la compagnie sur la route, elle passe se repliant. Nous filons sur Grandpré. On arrête un long convoi de chevaux et voitures, chariots, civils qui fuient l’invasion. Nous devons à tout prix passer devant.

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Réfugiés belges fuyant les Allemands avec leurs chevaux de trait, en 1914.

Il est 7 heures. La marche est lente. Nous traversons un village, le Morthomme. Dans le village, nous passons devant le général de division Rabier qui nous demande le nom de notre chef de bataillon : commandant Saget.

Halte ! Puis nous repartons.

Nous arrivons à Grandpré vers 11 heures. Temps très beau.

Extrait de la carte d’état-major – Source : Géoportail

Après une pause, nous partons dans une direction inconnue. Nous traversons un pont au-dessus d’une rivière : c’est l’Aire, dit-on.

31 août (suite)

À 1 km du bourg, nous faisons halte sur le bord de la route. Le 91e d’infanterie passe : je salue un de mes amis sous-lieutenant de réserve, ancien du 147e, Weil de Sedan.

Le cantonnement à Chevières, petit village sans grande ressource.

Lannoy le fait vivement. Peu de place. On s’installe tant bien que mal. Il est 4 heures. Une maison d’habitation est abandonnée. On y fait la popote* de sous-officiers. Le ravitaillement arrive. On mange. Nous couchons sur la paille dans une pièce. On peut se déchausser.

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