8 mars

Capitaine Triol promu commandant – Je suis promu adjudant

Roulé dans mes couvertures, la tête sur mon sac, je dors comme une marmotte quand vers 4 heures je suis réveillé par Mascart qui est toujours à la liaison du colonel. À la lueur d’une bougie je lis la note qu’on m’apporte :

« Départ du régiment à 9 heures. Le régiment se rassemblera, les bataillons devant leur cantonnement à 8h45. Il change de cantonnement pour se placer au-delà de la voie ferrée. Le capitaine Delahaye et le campement des trois bataillons partira à 7 heures. »

Je file chez le capitaine Triol que je réveille. Tout est à communiquer. Ordres de compagnies 5, 6, 7, 8. Campement avec le sergent fourrier Jombart rassemblé à la sortie du cantonnement à 6h45.

Je reste avec le capitaine et la liaison. Celle-ci copie la note et se rend près de chacun de ses commandants de compagnie.

Moi je repique un somme interrompu.

À 6h30 nous buvons le café tandis que Jombart, Verleene et Sauvage s’équipent. Jamesse me remplacera pour le cantonnement de la compagnie. Ils s’en vont suivis de Gauthier.

Je trouve pourtant tout ceci exagéré. Nous n’avons décidément pas le temps de nous nettoyer.

À 8h45 je vais trouver notre commandant du bataillon tandis que le bataillon se rassemble. À 9 heures nous partons suivant le 1e bataillon. Nous sommes bientôt sur la route. Il fait beau soleil. Nous ne tardons pas à atteindre Somme-Tourbe que nous traversons et dont on peut admirer les ruines.

Nous tournons à droite. Je vois le sous-lieutenant trésorier Simon à qui je dis bonjour. Nous prenons la route de Suippes. Le passage y est tellement fréquenté que nous longeons la route à travers champs. Enfin arrivés non loin d’un parc d’aviation, nous traversons la route puis la voie ferrée et nous arrêtons en tournant à droite dans un vaste terrain inculte. On fait la pause en attendant de se loger dans les abris que nous apercevons à 600 m.

Bientôt arrive Jombart suivi des fourriers. Il vient rendre compte au capitaine Triol. Ce ne sont pas des baraquements. Ce sont des abris, assez confortables. Le cantonnement par contre et d’une malpropreté repoussante.

Les compagnies partent tandis que je suis mon chef avec la liaison. On s’installe. Aussitôt je fais communiquer une note disant qu’il faut procéder d’urgence aux travaux de propreté du cantonnement et des hommes, porter tous les détritus à un endroit fixé, y mettre le feu et creuser des feuillées à 200 m des abris, les cuisines à 100 m, en arrière. Pour l’eau, il faut en chercher au passage à niveau où il y a un puits.

Le capitaine Triol prend un abri. J’en prends un grand à côté pour la liaison. Gauthier a mis la main sur un autre où il pourra faire sa cuisine en toute sécurité.

J’obtiens de lui de l’eau. Je me débarbouille aussitôt pendant que Frappé qui s’occupe un peu de moi va à la voiture de compagnie située devant le cantonnement afin d’y prendre mes affaires dans le coffre. Une heure après je puis me montrer. Je suis propre les souliers même cirés par Frappé qui a du cirage. Je suis transformé complètement et la fatigue a presque disparue.

Notre gourbi est potable. Nous le nettoyons un peu. La liaison se rapproprie comme moi. Nous avons une table, nos sacs nous servent de bancs. Il y a même de la paille quasi fraîche. Nous sommes heureux.

Il peut être midi et demi.

Les voitures de compagnie arrivées en même temps que nous se trouvent devant le cantonnement de chaque compagnie. Je vais voir Jamesse. Il est dans un gourbi avec Delbarre et déjà s’acquitte de sa comptabilité. Je discute avec lui. Il sera sergent major, Delbarre sergent fourrier, Jacquinot caporal fourrier et Lasue caporal d’ordinaire. Je lui conseille de faire cet état de proposition que sûrement le lieutenant Collandre signera. Je lui dis que je suis à sa disposition pour tous renseignements.

Je rentre bataillon ou d’avalanche de notes nous tombent. État des pertes, état de propositions, nettoyage etc… Je fais tout communiqué aux compagnies et communique le tout au capitaine Triol que je félicite et à qui je présente sa nomination de commandes. À son tour il me dit combien il m’apprécie et me propose brillamment pour le grade d’adjudant de bataillon.

Je rentre tout heureux et annonce la nouvelle à la liaison qui me félicite. Je crois que c’est une première vraie joie depuis le début de la campagne.

L’après-midi se passe. On installe le téléphone dans le gourbi du commandant Triol. Je ramasse successivement toutes les pièces et en ai aussi jusqu’au soir.

Je vais saluer le lieutenant Collandre qui est occupé à tripoter dans ses cantines. Il me parle de mon nouveau galon et est tout heureux d’apprendre la bonne nouvelle.

Nous mangeons vers 4 heures. Puis Gauthier part aux distributions à Somme-Tourbe.

Je vais à plusieurs reprises voir le commandant avec les états des compagnies et j’envoie leurs états de propositions avec le mien. J’écris rapidement une carte aux miens pour leur annoncer la bonne nouvelle.

Il peut être 8 heures quand je suis appelé au téléphone. C’est Pêcheur, mon ami, sergent secrétaire qui ne salue d’un retentissant « Bonsoir, mon adjudant ! » Et m’annonce en riant que je suis « juteux de bataillon ». Je me retourne et remercie le commandant qui sourit et se dit aussi heureux que moi.

Et je me couche avec mon entourage qui me félicite. Ah comme je suis heureux et comme je dors de bon cœur.

 

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